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2 juin 2010
Acheter dans les pays en émergence : Sommes-nous prêts?
Dans une économie où les entreprises québécoises peinent à demeurer concurrentielles sur l’échiquier mondial, et même sur leur propre territoire. Il peut être tentant de se tourner vers une initiative d’achat dans les pays en émergence. En effet nos entreprises ont toutes le défi de baisser leurs coûts. Et pour certaines commodités où le pourcentage de main d’œuvre dans le coût du produit est élevé, les économies que l’on se fait miroiter excèdent les 50%. Qui peut y résister à première vue?
Il y a toutefois plusieurs pas à franchir pour atteindre la terre promise! Il faut comprendre dès le départ qu’il ne suffit pas d’envoyer au fournisseur chinois, indien, mexicain ou provenant d’un autre pays émergent, un simple bon de commande, accompagné d’un dessin contenant les spécifications de notre produit, pour le voir arriver à la porte de notre département de réception des marchandises, en bonne et due forme. Ce serait bien naïf de penser de la sorte. Et je ne suis certes pas un adepte de la pensée magique!
La réalité est qu’il s’agit bel et bien d’un projet d’entreprise. Celle-ci doit comprendre dès le départ, qu’elle devra y investir des montants visant à lui permettre d’identifier les bons partenaires sur place, dans le ou les pays identifiés. Pour ce faire, elle devra déplacer des individus dans ces contrées éloignés. Ce qui implique de coûteux frais de voyage. Elle devra possiblement même penser à s’adjoindre les services d’un consultant pour la guider vers les bons fournisseurs, et l’aider à établir les contacts là bas, et à organiser sa première mission commerciale.
Mais ces frais ne représentent que la pointe du iceberg! Le vrai travail débute lorsqu’on est prêt à développer la relation commerciale avec les fournisseurs. En commençant par l’étape de la soumission. Vous serez surpris de constater qu’un grand nombre de vos dessins de spécifications ne sont pas à jour. Soit qu’ils ont été annotés par vos ingénieurs à la main ou encore pire par vos fournisseurs locaux. Ce qui fait que vous n’avez même pas trace des plus récents changements sur vos spécifications. Et, ah oui! J’oubliais de mentionner que les chinois et indiens de ce monde ne comprendront pas grand-chose à nos cotes et explications écrites en français!
Et l’ouvrage ne s’arrête pas là. Une fois les dessins à jour, traduits, et rendus chez les fournisseurs, il faut s’attendre à devoir répondre à de nombreuses questions et à faire des tests avec les échantillons demandés. Tests fonctionnels, mais aussi parfois, d’assemblage dans le produit qui requière les composantes. Des heures de plaisir, pour notre département d’ingénierie de production, qui est par définition, déjà débordé au bouchon.
Cela implique donc l’ajout de ressources en main d’œuvre indirecte pour supporter le projet. Et à cet instant précis, je me penche, pour ne pas recevoir la brique lancée dans ma direction par mes hauts dirigeants!
Un tel projet, s’il est d’un minimum d’envergure nécessite aussi pratiquement le temps complet d’un acheteur senior, pour faire le suivi et la gestion des composantes identifiées. Composantes qui pendant plusieurs mois, seront produites plus souvent qu’autrement en alternance entre fournisseurs locaux et éloignés, afin de ne pas mettre notre production en péril. Il faut aussi prévoir l’imprévisible et ne par perdre de vue, que nos partenaires dans ces pays ne partagent pas notre culture obsessive de la livraison à temps.
Aussi, il faut comprendre que la qualification de produits au niveau qualité, est très souvent une histoire de mois, non de semaines. Il faut prévoir des délais pour la fabrication des prototypes, mais aussi pour les essais erreurs de nos fournisseurs. Notre département de qualité sera donc lui aussi fortement sollicité, si on désire faire une réussite de cette initiative.
Et si on pense faire un projet à grande échelle, il faudra certainement penser à établir une ou des ressources, directement sur le sol du pays où sont nichés nos nouveaux partenaires. Ceci nous permettant de contrôler de plus près ce que font nos fournisseurs, et de leur offrir un support plus direct.
Un tel investissement peut s’avérer dispendieux pour l’entreprise, mais diminue encore davantage les risques qu’elle encourt. Ce qui milite ici, sur le mérite de ne pas éparpiller nos fournisseurs dans tous les pays en émergence, mais de plutôt concentrer ses efforts sur un seul territoire géographique.
La morale de cette histoire, n’est pas de vous dissuader d’aller acheter dans les pays en émergence. Mais bien de mettre en lumière, le fait que l’entreprise doit être prête, à y consacrer des ressources importantes. Et elle doit comprendre ce phénomène, dès le départ, si elle ne veut pas gaspiller énergies et dollars.
Si elle juge que l’enjeu en vaut la chandelle, et qu’elle planifie bien son projet, elle saura faire un succès de celui-ci, et l’entreprise aura ajouté une arme dans son arsenal. Elle aura alors mondialisé ses sources d’approvisionnement et se sera positionnée favorablement dans son marché en terme de coût.
Et maintenant, bonne réflexion!
Jean-François Rivard, a.p.a., MBA
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