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2 juillet 2010
Gestion de risque et esprit humain; compatible?
Difficile de trouver plus large comme domaine que celui de la gestion des risques. Ceux-ci sont partout malgré nos efforts et notre foi envers la bonne fortune. Initialement très attaché à la gestion financière, le concept du risque s’étend dans toutes les couches de l’administration. La gestion des approvisionnements n’y fait pas exception. Toutefois, la maîtrise des risques demeure une réelle épreuve pour les gestionnaires pour de multiples raisons. Parmi celles-ci, on y retrouve l’esprit humain.
Les bonnes pratiques en gestion de la qualité, allant du juste-à-temps à la certification ISO, ont grandement influencées la façon de gérer les opérations dans les dernières décennies. Kaizen, réingénierie des processus et autres, le « lean » était à l’avant plan. Il y est toujours puisque le « buzzword » fait écho à efficience et réduction des coûts. Cela est vrai sur papier mais en réalité une chaîne d’approvisionnement fonctionnant avec le minimum pour être efficient devient très vulnérable à tout imprévu car les risques sont exacerbés. Cette situation devient encore plus critique dans le cadre de la globalisation où les fournisseurs sont de plus en plus à l’international. En réponse à cette conjoncture, flexibilité, agilité et robustesse sont les nouveaux concepts à la mode et visent à gérer les risques.
Il est dur de rendre concret le concept de flexibilité dans le quotidien des opérations. Dans le milieu industriel, plusieurs tactiques existent allant d’un simple stock de sécurité à une stratégie de différenciation retardée (« postponement ») où les produits sont assemblés sur commande à partir de modules standardisés. Pour y arriver, il faut d’abord bien identifier les risques attachés aux systèmes d’opérations ou aux contrats concernés. C’est à cette étape que l’esprit humain vient contorsionner la réalité. Daniel Kahneman, un psychologue ayant gagné le prix Nobel d’économie en 2002, a démontré dans ses travaux de recherche que l’esprit humain prend naturellement très mal en compte les risques. En effet plusieurs biais sont observables comme le sur-optimisme face à une situation ainsi que l’entêtement à ne pas déroger d’un plan même si celui-ci est rendu irréaliste. Le professeur souligne également l’effet d’ancrage où l’esprit se fixe sur une première impression et en demeure toujours influencé. En gestion, cela se concrétise par exemple par la tendance à tout organiser en fonction d’un délai fixé initialement mais désormais déconnecté de la réalité. Il y a également l’effet de regret où un gestionnaire tente de compenser ou masquer une perte antérieure, disons un prix trop élevé obtenu d’un fournisseur. Cette attitude peut le mener à prendre des risques insensés. Comme tel, ces biais de l’esprit sont déjà largement connus. Néanmoins, il est toujours dur de s’en débarrasser comme il l’est encore plus de s’en avouer victime. Le meilleur remède est de savoir prendre du recul.
Malgré nos biais naturels, il est impératif que les gestionnaires prennent sérieusement en compte les risques. La présente situation de BP et du golfe du Mexique nous le rappelle que trop bien. Après tout, l’objectif est de trouver un équilibre entre audace, efficience et réalisme afin d’éviter les situations dramatiques.
Pierre Picard-Dufresne, B.A.A.
Directeur des communications – District de Montréal
Étudiant à la M.Sc logistique – HEC Montréal
Pierre.picard-dufresne@hec.ca
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